Un homme, une matière, du feu voilà comment on pourrait résumer une vie d’artiste.
Maître du feu, adepte inconditionnel de la forge, il s’épanouit en créant ses œuvres à partir de cette matière complexe et imprévisible qu’est l’acier.
Pour lui, l’inspiration vient en travaillant la matière par les techniques du froissé et du plissé.
Chaque œuvre de Rémy est le résultat d’un corps à corps fougueux et fusionnel entre deux âmes authentiques, sincères et sans concession : la sienne et celle de l’acier.
A chaque fois, il remet tout en question et s’engage dans un perpétuel défi car il ne peut préjuger des réactions du métal.
Le voici à l’œuvre.
L’esprit guide les gestes ; le choc pertinent du marteau et la vigueur mordante du feu révèlent l’âme du fer qui dormait, jusque là inconscient.
La matière résiste, crie et s’empourpre de colère avant de consentir à devenir malléable, un court instant.
Le moment est précieux car, dans son incandescence et son innocence, le métal se détend, sort de sa gangue, se plisse et se creuse de pleins et de vides qui seront bientôt figés dans une expression pathétique et immuable.
C’est alors que le plein résonne et fait écho au vide. La métamorphose alchimique mêle connexions neuronales, sueur, chaleur et fer.
Le métal retrouve sa terre-mère, terra-magma, pour renaître et paraître dans le jardin public, la terrasse ensoleillée ou l’intimité d’un salon.
La sculpture de Rémy est aussi la rage contenue, la souffrance extirpée, la larme arrêtée et figée et l’esthète comblé sent vibrer dans la voile d’acier bien poli et verni l’âme du tourmenteur d’acier.
Le sculpteur doit trouver l’équilibre des masses, jouer sur les pleins et les vides, les plis et les froissés et rendre le tout esthétique et expressif. Pour cela, il lui faut sans cesse casser et recommencer.
Attendre le moment où l’osmose mental-métal se réalise.
C’est pourquoi il lui faut être patient et rester dans le mouvement pour trouver l’accord.
Guy Lesœurs